Terres rares et aimants permanents : la France tente une reconquête
Le site de Carester, à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), le plan national de résilience consacré aux terres rares et aux aimants permanents.
mercredi 6 mai 2026, par FranceTransactions.com
Etape décisive dans la reconquête d’une filière industrielle stratégique
Ce mardi 5 mai 2026, Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, ont présenté, sur le site de Carester, à Lacq (Pyrénées-Atlantiques), le plan national de résilience consacré aux terres rares et aux aimants permanents.
Ce plan marque une étape décisive dans la reconquête d’une filière industrielle stratégique. Dans un contexte marqué par des crises énergétiques successives, liées notamment aux tensions actuelles au Moyen-Orient et aux perturbations sur les marchés des carburants, il est indispensable de transformer notre modèle vers une économie décarbonée, tout en garantissant notre indépendance et en évitant de substituer une dépendance à une autre.
Aujourd’hui, plus de 85 % des capacités mondiales de séparation des terres rares sont concentrées dans un seul pays. Cette situation expose directement l’Europe à des risques majeurs : tensions géopolitiques, restrictions d’exportation, ruptures d’approvisionnement. Dans le même temps, la demande européenne en aimants permanents pourrait atteindre jusqu’à 45 000 tonnes d’ici 2030, portée par l’électromobilité et les énergies renouvelables.
Face à ce risque stratégique, la France refuse la dépendance et fait le choix d’agir, avec une stratégie assumée, sur toute la chaîne de valeur, autour de trois priorités complémentaires : sécuriser nos approvisionnements, reconstruire une chaîne de valeur industrielle complète en France et en Europe, et structurer la demande pour garantir des débouchés durables à la filière.
Le Gouvernement annonce également neuf nouvelles mesures :
- L’assouplissement de la garantie des projets stratégiques pour les projets d’extraction de terres rares, pour favoriser les approvisionnements des entreprises françaises.
- L’ouverture de discussions avec les traders en matières premières pour mieux sécuriser les approvisionnements en minéraux critiques, avec la possibilité de mobiliser la garantie des projets stratégiques.
- La prolongation jusqu’en 2028 et la simplification du crédit d’impôt industrie verte (C3IV), désormais accessible aux projets liés aux terres rares, y compris pour le secteur automobile.
- La prolongation de l’appel à projets « métaux critiques » dans le cadre de France 2030, afin de soutenir une dizaine de nouveaux projets industriels d’ici 2027.
- La mobilisation du fonds InfraVia, soutenu par l’État, avec déjà deux premiers investissements réalisés dans Core Lithium en Australie et Carester à Lacq.
- L’incitation à la diversification de l’approvisionnement en aimants permanents du secteur de l’éolien offshore, en requérant que moins de 50 % des aimants proviennent du pays dominant à l’échelle mondiale.
- La demande, par la France, de la prise en compte de l’origine géographique des aimants permanents dans les composants d’un moteur électrique qualifié de Made in Europe dans l’Industrial Accelerator Act et REsourceEU.
- Le soutien à l’innovation pour développer des alternatives aux terres rares, notamment dans l’automobile, via un axe dédié dans les futurs appels à projets CORAM.
- L’exigence, par l’Etat et pour les grandes entreprises de la filière automobile, de la transmission d’un plan de diversification de leurs approvisionnements en aimants permanents et terres rares pour être éligibles aux appels à projets automobile France 2030.
L’ambition est de placer la France parmi les nations capables de maîtriser leur destin industriel. D’ici 2030, notre pays vise à couvrir 10 % de la demande mondiale de terres rares lourdes soit plus de 100 % des besoins français, 25 % des besoins européens en terres rares légères et environ 10 % des alliages nécessaires à l’industrie européenne, et à développer une capacité de production d’aimants permanents recyclés.
À Lacq, La Rochelle et Grenoble, des projets concrets émergent et montent en puissance, soutenus à hauteur de 180 millions d’euros par l’État, pour près de 600 millions d’euros d’investissements. À terme, ils permettront de fournir la matière première pour couvrir 50 % des besoins européens en aimants permanents néodyme-fer-bore.
Enfin, la France poursuit une stratégie offensive de partenariats internationaux, avec plus de vingt accords conclus ces dernières années, et place la question des métaux critiques au cœur de la coopération économique internationale. Elle se positionne aux avant-postes sur la scène internationale, notamment dans le cadre du G7, où les minerais critiques constituent désormais l’un des axes majeurs d’action.
Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, a déclaré : « La France a été pionnière dans la maîtrise des terres rares et dispose aujourd’hui de tous les atouts pour le redevenir. Dans un contexte de crise et de fortes tensions internationales, nous devons transformer notre modèle vers une économie décarbonée tout en garantissant notre souveraineté, sans passer d’une dépendance à une autre. Les terres rares sont au cœur du quotidien des Français : elles entrent dans la fabrication de nos smartphones, de nos véhicules électriques, des éoliennes ou encore de nombreux équipements médicaux. Les maîtriser, c’est sécuriser des usages essentiels et protéger durablement notre mode de vie. La France avec ce plan et son action dans le cadre de la présidence française du G7 est aux avant-postes pour sécuriser et organiser les approvisionnements ».
Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, a ajouté : « Sur le terrain, le mouvement est désormais tangible, avec des capacités industrielles qui se reconstruisent, du raffinage jusqu’à la production d’aimants. C’est une dynamique que nous devons saluer. Mais une filière stratégique ne peut être solide que si ses débouchés sont sécurisés dans la durée. L’enjeu est désormais que les industriels utilisateurs s’engagent pleinement dans cette transformation. Sans résilience sur les terres rares, il n’y a pas de souveraineté industrielle. Et sans souveraineté industrielle, il n’y a pas de transition énergétique maîtrisée. »