Forum économique de Davos : un vaste cirque politico-économique, Trump, l’apprenti dictateur accro aux droits de douane
Le forum économique mondial s’inquiète des crises à répétition de notre monde, mais ne s’inquiète pas des affaires réalisées durant ce congrès pour le moins discutable.
lundi 19 janvier 2026, par Denis Lapalus
Ce lundi 19 janvier s’ouvre la 55ème édition du Forum économique mondial de Davos qui accueille comme chaque année les chefs d’Etats et les dirigeants venus du monde entier. Malgré un environnement géopolitique complexe et tendu, la désinformation est le risque planétaire majeur selon le dernier rapport du World Economic Forum sur les risques mondiaux. Plus de 60 dirigeants et 850 patrons ont déjà annoncé leur venue à cette grand-messe du libre-échange. De nombreux dossiers brûlants seront en discussion.
Sont notamment attendus : le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, la présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, et six des sept chefs d’Etat ou de gouvernement du G7 (à l’exception du Japon). Deuxième économie mondiale, la Chine sera présente en force, emmenée par le vice-Premier ministre, He Lifeng. D’importantes délégations du Moyen-Orient, d’Amérique latine et d’Afrique feront également le déplacement. Il faudra aussi compter sur la présence du président de la République, Emmanuel Macron, et sur celle, très attendue, de Donald Trump qui prononcera un discours forcément très scruté. "Notre réunion annuelle se tient dans un contexte géopolitique d’une complexité inédite depuis 1945", a reconnu le patron du Forum économique mondial, le Norvégien Borge Brende, lors d’une conférence de presse en ligne, jeudi 15 janvier.
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Forum Economique Mondial de Davos
Difficile de passer à côté dans les médias. Chaque année, l’on nous rabâche que les personnes les plus influentes de l’économie tiennent meeting à Davos, en Suisse. Histoire de savoir ce que notre avenir économique sera. Jusqu’à ce jour, l’on ne peut pas vraiment dire que ce soit un franc succès. Organisé depuis 1971, chaque année, dans cette petite ville Suisse, l’idée est de réunir les principaux acteurs économiques pour décider de s’organiser, pour ne pas dire s’arranger.
Donald Trump
Donald Trump sera sans aucun doute l’acteur principal de ce rendez-vous. Un an après sa seconde investiture à la présidence des Etats-Unis et six ans après sa dernière visite en personne à Davos, Donald Trump prononcera mercredi après-midi un discours, ont annoncé mardi les organisateurs. Devant les élites économiques et politiques mondiales, le président américain prendra toutefois soin de s’adresser aux électeurs, très mécontents de sa politique de pouvoir d’achat, à quelques mois des cruciales élections de mi-mandat aux Etats-Unis. "Je donnerai beaucoup plus de détails sur notre politique de logement, pour que chaque Américain qui veut s’acheter une maison ait les moyens de le faire", a dévoilé le milliardaire, mardi 13 janvier, pendant un discours à Detroit.
Il sera "accompagné de la plus grande délégation américaine" ayant jamais fait le déplacement dans la station de ski huppée des Alpes suisses, s’est félicité le patron du Forum économique mondial. "Nous devons nous assurer que Donald Trump sera bien reçu et qu’il y aura un bon dialogue entre lui, son cabinet et les participants à Davos", a ajouté Borge Brende, dans une interview au journal suisse Le Temps(Nouvelle fenêtre). Le président américain sera accompagné du chef de la diplomatie, Marco Rubio, du ministre des Finances, Scott Bessent, du ministre du Commerce, Howard Lutnick, ainsi que de nombreux dirigeants d’entreprises, dont les géants de la tech Nvidia et Microsoft.
Emmanuel Macron
Emmanuel Macron se rendra mardi à Davos, où "il présentera sa vision des grands enjeux économiques et géopolitiques" et "les priorités de la présidence française du G7" en vue du sommet d’Evian en juin, a annoncé l’Elysée. Ce sera sa troisième participation, après une première venue en 2018 et une autre en 2024. Accompagné d’une délégation de start-up et petites et moyennes entreprises, le chef de l’Etat "rappellera également les fondamentaux de l’attractivité française et les priorités de notre agenda pour l’Union européenne, à l’heure où elle doit désormais se vivre comme puissance commerciale", a ajouté la présidence.
L’entourage d’Emmanuel Macron ne précise pas s’il rencontrera à Davos son homologue américain. Un proche du président de la République n’a pas exclu qu’il s’attarde pour participer mercredi à d’éventuelles réunions, sur l’Ukraine notamment, autour du milliardaire républicain.
Volodymyr Zelensky
Volodymyr Zelensky fait le déplacement en vue d’une possible signature de l’accord de paix en Ukraine. C’est l’un des dossiers les plus brûlants du moment et il pourrait peut-être aboutir à Davos. Depuis plusieurs mois, les émissaires américains négocient séparément avec Kiev et Moscou un accord destiné à faire cesser la guerre entre la Russie et l’Ukraine, mais plusieurs questions restent non résolues, dont celles des territoires occupés et des garanties de sécurité pour l’Ukraine.
Les négociateurs ukrainiens se sont rendus aux Etats-Unis, samedi, pour des pourparlers avec l’émissaire de Donald Trump, Steve Witkoff, et son gendre, Jared Kushner. Ces nouvelles discussions interviennent alors qu’une série de bombardements russes massifs contre les infrastructures de l’Ukraine ont provoqué ces dernières semaines des coupures de courant et de chauffage massives en plein hiver.
Vendredi, Volodymyr Zelensky a annoncé qu’il ferait le déplacement, espérant obtenir "plus de clarté" sur les documents préparés avec les Américains et la position de la Russie. "Si tout est finalisé et si la partie américaine donne son accord (...), alors une signature pendant le Forum économique mondial de Davos sera possible", a-t-il avancé. Paris, Londres et Kiev ont déjà signé une déclaration d’intention sur le déploiement d’une force multinationale après un cessez-le-feu en Ukraine.
Iran, Gaza, Venezuela, Groenland...
Outre le dossier ukrainien, de nombreux autres sujets devraient s’inviter dans les échanges entre les leaders internationaux, que ce soit sur l’intervention américaine au Venezuela avec la capture du président Maduro, la répression violente des manifestations d’opposition au régime en Iran, la situation à Gaza ou les convoitises de Donald Trump sur le Groenland. Sur ce dernier dossier, une délégation bipartisane du Congrès américain, composée de onze parlementaires, sera présente à Davos. Auparavant, ils ont entamé une visite de soutien au Danemark et au Groenland. La présence du secrétaire général de l’Otan, Mark Rutte, resté jusqu’à présent muet sur le dossier du Groenland, doit encore être confirmée.
Concernant Gaza, Borge Brende espère qu’il y aura "un moment spécial". "Pour la première fois, le président de Syrie sera présent. Les Premiers ministres du Liban et du Qatar seront là, ainsi que le Premier ministre palestinien, le président israélien, et le prince héritier de Jordanie. Nous espérons une discussion autour de la phase 2 du plan pour Gaza", a-t-il assuré dans une interview au Temps(Nouvelle fenêtre).
Les nouvelles technologies et l’IA au cœur des échanges
La géopolitique ne sera pas la seule thématique présente à Davos. Chefs d’entreprise et investisseurs du monde entier se réunissent aussi lors de ce Forum. L’Elysée a donc invité plusieurs start-up à faire le déplacement avec le président de la République, rapporte le site spécialisé Maddyness, qui publie une liste. "Nous n’avons jamais eu autant de leaders technologiques à Davos : Jensen Huang de Nvidia, Satya Nadella de Microsoft, et d’autres surprises. La technologie est le plus grand changement depuis 2025", a assuré au Temps Borge Brende. "On pensait que la situation géopolitique mondiale allait conduire à une morosité économique. Mais étonnamment, l’économie est très résiliente, elle tient très bien. Et de notre point de vue, c’est surtout grâce aux énormes investissements dans l’intelligence artificielle et les technologies proches", analyse-t-il encore.
Un coût totalement irrationnel
Vous n’irez jamais à Davos. Seulement 3.000 personnes peuvent y aller chaque année. Il faut que votre société paie un tribu élevé afin de vous faire participer à ces réunions, ou alors que vous soyez invité. Tout le monde ne paie pas les 60.000 francs suisses du premier ticket d’entrée. Les Chefs d’Etat, ainsi que des universitaires de renom et quelques journalistes triés sur le volet sont cordialement invités (certains bénéficient d’une réduction sur les tickets d’entrée). Pour les autres ce sera le prix fort. Un bel exemple d’ouverture dans ce monde économique du monde d’avant.
Afin de participer aux réunions réservées à certaines entités économiques (associé industrie), le ticket d’entrée est porté à plus de 110.000 euros. De toutes façons, ce sont les entreprises qui paient, donc la facture peut bien être salée.
Prix d’une nuit à Davos : jusqu’à 17.000 francs suisses via Airbnb
Pendant le Forum économique de Davos, les prix des hébergements peuvent atteindre des sommets dans la station grisonne où se pressent durant une semaine près de 3000 personnes. Certains hôteliers vont jusqu’à décupler leurs tarifs. Tous les hôtels de la région affichent complets à la veille du début, lundi, du 53e Forum économique mondial de Davos, le Forum Economique Mondial, la rencontre non gouvernementale la plus importante du monde. Et cette année, tout est presque comme avant la pandémie indique le site Suisse rts.ch.
Le 19h30 a ainsi pu visiter dimanche un hôtel 3 étoiles où quatre nuits durant le WEF reviennent à 10’800 francs pour des chambres au confort plutôt spartiate, soit 2700 francs par nuit. C’est dix fois plus que le tarif habituel de l’établissement. La chambre la plus chère, une suite équipée de six lits et une cuisine, revient à 45’000 francs la semaine. Les clients ? "On a de tout. Du chauffeur à son excellence de Dubaï", répond Peter Hofer, le directeur de l’hôtel à la RTS, qui n’a aucun scrupule à pratiquer de tels tarifs.
"Nous ne prenons pas l’argent à des pauvres. Nous le prenons à des compagnies qui font du profit sur notre dos, à travers le monde" Peter Hofer, directeur d’hôtel à Davos-Klosters. Sur la plateforme internet Airbnb, certains proposent leur logement jusqu’à 17.000 francs suisse la nuit.
Nos leaders économiques sont vraiment bien avisés afin de débattre sur notre avenir économique ? Pas certain.