Le Groenland n’est pas à vendre, mais tout à un prix : combien s’apprête à proposer les USA au Danemark ?
L’idée d’un achat du Groenland par les États-Unis a refait surface, quel pourrait être le prix proposé par les USA au Danemark ?
jeudi 8 janvier 2026, par FranceTransactions.com
L’idée d’un achat du Groenland par les États-Unis a refait surface de manière médiatisée en 2019 sous l’administration Trump, bien que le concept remonte au XIXe siècle. Estimer le "juste prix" d’un tel territoire est un exercice complexe qui mêle géopolitique, ressources naturelles et prospective économique.
Le Groenland n’est pas à vendre
Le Groenland a fermement déclaré à de multiples reprises, depuis 2019 : "Nous sommes ouverts aux affaires, mais nous ne sommes pas à vendre." La question du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes rendrait toute vente purement financière politiquement impossible sans l’accord des Groenlandais eux-mêmes.
Donald Trump II
C’est en 2019 que Trump a lancé pour la première fois l’idée que les États-Unis pourraient faire l’acquisition du Groenland. À l’époque, il avait fait valoir, à juste titre, qu’il n’était pas le premier président américain à avancer une telle proposition.
De nos jours, les ventes de territoires entre pays sont rares. Reste à savoir si, avec Trump, une transaction de ce type se reproduira. Dans ce cas de figure, une question se poserait : comment déciderait-on de ce qu’il faut payer pour l’ensemble d’un État, d’un territoire ou d’une nation ?
Pas une idée nouvelle
Les États-Unis ont porté un grand intérêt à la position stratégique du Groenland depuis les premiers jours de la guerre froide. En 1946, le président de l’époque, Harry Truman, a proposé d’acheter le territoire danois pour 100 millions de dollars en or. Il est rapporté que les Danois ont eu à peu près la même réaction à cette offre qu’en 2019, et à nouveau en 2025 : « Non, merci. »
Si aujourd’hui l’achat d’un territoire par une nation souveraine à une autre peut apparaître comme une idée étrange, il ne faut pas oublier que cela s’est produit de nombreuses fois dans le passé. Ainsi, au début du XIXe siècle, les États-Unis ont acheté de vastes territoires durant leur expansion vers l’ouest. Cela comprenait « l’achat de la Louisiane » à la France en 1803 pour 15 millions de dollars américains, soit l’équivalent de 416 millions de dollars américains en valeur de 2024.
Environ un demi-siècle plus tard, après la guerre américano-mexicaine, les États-Unis ont payé le Mexique pour de grandes quantités de territoires. Les États-Unis ont également acheté l’Alaska à la Russie en 1867, pour 7,2 millions de dollars américains (plus de 150 millions de dollars américains actuels).
Et ils ont acquis les îles Vierges américaines du Danemark en 1917 pour 25 millions de dollars en pièces d’or – soit plus de 600 millions de dollars d’aujourd’hui.
Les États-Unis ne sont pas les seuls à avoir eu recours à ce procédé. D’autres pays, comme le Japon, le Pakistan, la Russie, l’Allemagne ou encore l’Arabie saoudite ont tous acheté des territoires et étendu leur juridiction aux personnes qui y habitaient afin de détenir des terres, d’avoir accès à des cours d’eau critiques ou simplement de contrôler des zones tampons géographiques.
Analyse prospective : Quel prix pour le Groenland ?
L’achat d’un territoire souverain est un événement rare dans l’histoire moderne. Pour estimer le prix du Groenland (environ 2,16 millions de km²), il faut regarder au-delà de la simple valeur foncière.
Si une telle transaction devait avoir lieu, le prix ne serait probablement pas un paiement unique en cash, mais un mélange de :
- Paiement initial massif (plusieurs centaines de milliards de dollars),
- Investissements infrastructurels garantis sur 50 ans,
- Rentes annuelles pour la population locale.
1. Les précédents historiques (Valeur ajustée)
Si l’on se base sur les grandes transactions passées des États-Unis, converties en dollars actuels :
- L’achat de la Louisiane (1803) : 15 millions $ de l’époque, soit environ 350 à 400 millions $ aujourd’hui.
- L’achat de l’Alaska (1867) : 7,2 millions $ de l’époque, soit environ 140 à 150 millions $ aujourd’hui.
- Les Antilles danoises (Îles Vierges, 1917) : 25 millions $ en or, soit environ 600 millions $ aujourd’hui.
Note : Ces prix historiques sont dérisoires par rapport aux réalités économiques actuelles, car la valeur stratégique et les ressources n’étaient pas exploitables de la même manière.
2. La méthode basée sur le PIB et les subventions
Le Groenland est un territoire autonome du Danemark. Copenhague verse chaque année une subvention globale (le "block grant") d’environ 500 à 600 millions de dollars pour soutenir l’économie groenlandaise. Une offre de base pourrait consister à racheter cette charge financière à perpétuité. En utilisant un taux d’actualisation standard, la valeur "comptable" du transfert de responsabilité pourrait être estimée entre 10 et 20 milliards de dollars.
3. La valeur des ressources et de la géostratégie
C’est ici que les chiffres grimpent. Le Groenland possède :
- Ressources minières : Des gisements massifs de terres rares (essentiels pour les technologies modernes), de fer, d’uranium et potentiellement de pétrole/gaz offshore.
- Position arctique : Avec la fonte des glaces, de nouvelles routes maritimes s’ouvrent. Le contrôle du Groenland offre une domination sur l’Arctique face à la Russie et la Chine.
- Valeur militaire : La base de Thulé est déjà cruciale. Posséder le territoire permettrait une extension illimitée des capacités de surveillance et de défense.
Certains analystes financiers ont suggéré que pour que le Danemark et le peuple groenlandais acceptent, l’offre devrait se situer entre 500 et 1 000 milliards de dollars.
4. Comparaison avec la valeur foncière
Si l’on évaluait le Groenland comme un terrain "nu" à un prix symbolique de 1 000 $ l’acre (très faible pour du terrain constructible mais élevé pour de la glace) : Le Groenland fait environ 535 millions d’acres. Total : 535 milliards de dollars.
Synthèse des estimations
| Approches | Estimation basse | Estimation haute |
|---|---|---|
| Héritage historique | 500 millions $ | 2 milliards$ |
| Compensation budgétaire | 15 milliards $ | 30 milliards$ |
| Valeur stratégique & minière | 500 milliards $ | 1 100 milliards$ |
| Offre "réaliste" diplomatique | 200 milliards $ | 500 milliards $ |