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L’assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Déshériter ses enfants via l’assurance-vie ? © FranceTransactions.com/stock.adobe.com
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Le capital transmis lors du décès d’un assuré d’un contrat d’assurance-vie est hors succession. Cela fait de l’assurance-vie un outil largement utilisé pour la transmission de patrimoine financier. La clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie permet de désigner une personne de son libre choix (héritier ou pas) afin de percevoir ce capital. Des épargnants, plongés dans des situations familiales compliquées, se demandent si le recours à un contrat d’assurance-vie ne permettrait pas de déshériter leurs enfants, leur conjoint, bref, leurs héritiers. Réponses.

Cet article est publié en réponse aux questions adressées à notre rédaction suite à plusieurs publications sur la toile affirmant que l’on pourrait déshériter ses enfants simplement via l’assurance-vie. Précisions.

L’ assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Sur la toile, l’on peut tout lire, tout et son contraire. Quelques épargnants, surpris de lire que l’on pourrait déshériter ses enfants via un simple contrat d’assurance-vie, nous questionnent à ce propos. Visiblement ce sujet passionne. La réponse est négative.

En droit français, il est impossible de déshériter ses enfants

Si l’assurance-vie permet effectivement de transmettre un capital, hors succession, à la personne de son choix (via la clause bénéficiaire) lors du décès de l’assuré, cela ne permet pas donc pas de déshériter ses enfants (la réserve héréditaire), au sens stricte du terme. Déshériter sens enfants via l’assurance-vie tient plus de la légende urbaine que de la réalité. Vendre tous ses biens et placer le produit de la vente sur un contrat d’assurance-vie, en désignant comme bénéficiaire sa maîtresse, ne fonctionnera pas. Désolé messieurs.

Dilapider son patrimoine de son vivant afin de ne rien avoir à transmettre n’est pas déshériter...

Déshériter suppose que l’on ait un patrimoine à transmettre, des droits de succession à calculer. Une personne qui dilapide tout son patrimoine de son vivant ne déshérite personne, mais n’a simplement rien à transmettre lors de son décès. Toutefois, certaines personnes organisent leur absence de succession au fil des années. L’assurance-vie ne permet pas de déshériter ses enfants, son conjoint ou ses héritiers.

Toutefois, dans les faits, l’assurance-vie, dans certains cas bien précis, donne l’illusion qu’elle permet tout de même de ne rien transmettre à ses héritiers. Qu’ils soient des enfants, parents, ou tout autre. Le cas particulier serait alors de considérer que l’assuré ait des revenus confortables lui permettant de verser des primes, sans exagérations (cf infra), n’aurait aucun patrimoine intégrable à sa succession, seule une assurance-vie. Il aurait ainsi organisé son patrimoine, en vendant tous ses biens, quitte à demeurer dans sa résidence principale, vendue en viager, par exemple. Une situation cocasse, mais possible. Il faut tout de même se rappeler que 60% des viagers sont réalisés dans le cadre d’optimisation de la transmission successorale.

Dans ce cas, la dévolution successorale serait réduite à néant, la quote-part de chaque enfant, ces fameuses réserves héréditaires, réduites à zéro. Les héritiers ont-ils été pour autant déshérités ? Non, au sens stricte du terme, puisque le patrimoine transmissible n’existe pas.

Mais en réalité, cet assuré, après son décès aurait-il atteint son but ? De ne rien transmettre à ses héritiers ? Et bien, il ne pourra jamais le savoir. Dans la plupart des cas, il laissera son conjoint (cas des familles recomposées) dans l’embarras, avec un action en justice sur les bras. Il ne peut en être certain et ne sera plus là pour constater l’effet de sa "stratégie". Les héritiers pourront contester sa pratique devant les tribunaux.

Un verdict en cours de cassation déboute des héritiers, et le doute s’installe...

Comme souvent, sur la toile, les amalgames sont nombreux. Un jugement de cours de cassation (Cass. Civ 1, 6.11.2019, E 18-16.153), validant le fait que les 3 contrats d’assurance-vie d’un assuré, pour un montant total de 1,9 millions d’eurs€, soient bien transmis à sa compagne survivante pacsée. Ce monsieur avait organisé son absence de succession (tous les biens vendus, et logement en viager). Au décès de sa conjointe, le capital est transmis à ses enfants, et ceux du premier mariage de l’assuré ne perçoivent rien. Ces derniers s’estiment lésés et portent l’affaire en justice. La cours de cassation déboute les plaignants. Les conclusions hâtives de la toile indiquent que déshériter via l’assurance-vie est donc possible. Conclusion hâtive, avec la confusion de deux sujets : le fait de priver d’héritage ses enfants, et la problématique des familles recomposées. Il faut noter, que dans le cadre de familles recomposées, la clause bénéficiaire est fréquemment rédigée avec une clauses de démembrement (conjoint.e en usufruit et enfants en nue-propriété) permettant justement que ce type de situation ne se produise pas. La transmission du montant de 1,9 million d’euro n’a pas été jugée manifestement exagérée car l’assuré au moment des versement a perçu 3 millions d’euros en 5 ans (Civ 2e 17 juin 2009, n°08-13620).

Transmission hors succession de l’assurance-vie : des limites

Il existe évidemment des limites placées dans le cadre de l’assurance-vie, aussi bien en termes de fiscalité, que d’âge, ou de primes versées. Si certains seraient tentés de verser une partie importante de leur patrimoine financier sur leur contrat, afin de l’exclure de leur succession (et des frais inhérents), les héritiers s’estimant lésés pourront porter l’affaire devant les tribunaux. En effet, la notion de primes manifestement exagérées permet à un juge d’invalider la clause bénéficiaire et de ré-intégrer le capital dénoué du contrat à la succession. Dans ce cas, le capital est ré-intégré dans la succession, et va donc subir les frais de succession...

L’exagération manifeste s’apprécie au moment du versement des primes et non pas lors du décès de l’assuré

C’est également sur ce point que les amalgames sont légion. L’exagération manifeste s‘apprécie au moment du versement, au regard de l‘âge ainsi que des situations patrimoniales et familiales du souscripteur. Il arrive en effet fréquemment que le capital du contrat d’assurance-vie, dont le bénéficiaire n’est pas les héritiers de l’assuré, soit plus conséquent en montant que l’actif successoral lui-même. Cela ne peut en rien remettre en cause le contrat d’assurance-vie et sa clause bénéficiaire.

Qu’est-ce qu’une prime manifestement exagérée ?

C’est une notion qui est toute relative. Elle dépend des ressources financières de l’assuré au moment des versements des primes, de son patrimoine global, ainsi que de ses besoins financiers. Donc aucun montant n’est donné. 1.000€ de prime versée par mois pourra être manifestement exagéré au regard du patrimoine de l’assuré, de ses revenus et de ses dépenses courantes. Le juge est alors le seul à trancher car chaque situation est particulière.

Quels recours envisager en cas de primes manifestement exagérées ?

En cas de soupçons, ou de connaissances de tels faits, il est nécessaire de demander au notaire en charge de la succession du défunt souscripteur ou d’effectuer une saisie le juge via une demande en référé afin de connaître le montant des primes versées. Pour effectuer ces recours, il faut une personne ayant un intérêt à agir (Civ. 1e, 8 mars 2017, n°16-10.384) et qu’un ou plusieurs héritiers soient lésés. La charge de la preuve de cette exagération incombe aux demandeurs dans le cadre d’une demande de rapport, en réduction ou encore en demande d’application des règles afférentes au recel successoral.

Une demande de rapport ou de réduction

Lorsque les primes présentent un tel caractère d’exagération, les règles du rapport et de la réduction ont vocation à s’appliquer.

  • une demande de rapport pour rétablir l’égalité en cas de pluralité d’héritiers ;
  • une demande de réduction pour la protection de l’héritier réservataire contre des libéralités excessives.

Donation indirecte, le FISC est également intéressé

Si vous considérez être déshérité, il pourrait également être envisagé de demander la requalification du contrat d’assurance-vie en donation indirecte afin de faire entrer les capitaux dans les rangs du droit civil. L’administration fiscale pourrait également demander que le contrat soit requalifié en donation indirecte. Afin de rapporter la preuve qu’une donation indirecte a été opérée en faveur du bénéficiaire, cela suppose que soient établis :

  • l’intention libérale du souscripteur ;
  • l’acceptation du bénéficiaire ;
  • le dépouillement actuel et irrévocable du souscripteur.
    Il suffit que la preuve de l’une de ces conditions ne soit pas rapportée pour que la qualification de donation indirecte soit écartée.

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Questions & Échanges

7 messages
Denis Lapalus
Denis Lapalus 6 janvier 2022 à 11h10min
Rédaction

L’assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Bonjour, non, rassurez-vous. L’assurance-vie est hors succession. De ce fait, les héritiers de l’assuré décédé n’ont aucun droit à faire valoir auprès des bénéficiaires du contrat, donc de ce fait, aucun non plus sur les héritiers des bénéficiaires du contrat. La seule bénéficiaire de ce contrat d’assurance-vie de votre père était votre mère, donc c’est tout. Votre mère a utilisé les fonds en question, donc l’histoire s’arrête là. Bien à vous.
o
olympe 6 janvier 2022 à 10h20min
Épargnant

L’assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Bonjour, Mon père est décédé en 1991, il a eu 2 filles d’un premier mariage, ensuite il s’est marié avec ma mère et m’ont eu. Lorsque mon père est décédé, il venait de vendre tous ses biens et à mis cette argent sur une assurance vie pour ma mère. Ma mère n’est jamais allée voir un notaire ensuite, n’a jamais prévenu mes demies soeurs du décès de leur père, ( elles ne se sont jamais inquiétés de l’état de santé de notre père non plus ). Aujourd’hui, elles me demandent pourquoi elles n’ont pas été convié à la liquidation de la succession et se retourne vers moi. En 199&, lorsque mon père est décédé, j’avais 12 ans et ensuite ma mère m’a toujours dit qu’il n’y avait rien. Sauf l’ assurance vie dont ma mère était l’unique bénéficiaire, mais qui est hors héritage et à tout dilapidé. Il n’y a pas eu de part héréditaire. Il n’y a pas eu de liquidation. Rien et je me retrouve dans cette galère sans savoir quoi faire. Vais-je devoir rendre l’argent que je n’ai jamais vu à mes demies-soeurs.
Denis Lapalus
Denis Lapalus 21 décembre 2021 à 01h27min
Rédaction

L’assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Bonjour, comme indiqué dans l’article, l’assurance-vie ne permet pas réellement de déshériter ses enfants. Le notaire en charge de la succession de votre père va prendre en considération tous les éléments et devrait vous indiquer la suite donner si le partage entre les enfants n’est pas équitable. L’avantage donné à un enfant via une clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie peut être remis en cause devant un juge. Bien à vous
Y
YY 20 décembre 2021 à 17h20min
Épargnant

L’assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Bonjour mon père est décédé il avais souscrit une assurance vie nous sommes 4 garçon, mais il l’a mis au nom d’un seule de mes frère est ce que il aurais possibilité que l’on puisse récupérer l’argent ou de porter plainte pour recevoir notre part si mon frère refuse de partager l’assurance vie .
Denis Lapalus
Denis Lapalus 1er décembre 2021 à 16h56min
Rédaction

L’assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Bonjour, une clause bénéficiaire d’un contrat d’assurance-vie permet de désigner une ou des personnes du choix de l’assurée. La transmission de ce capital s’effectue hors dévolution successorale, et n’est donc pas soumis aux règles d’équité. L’assurée aurait pu ainsi désigner son ou sa voisine par exemple. L’assurée peut donc tout à fait désigner uniquement 3 de ses 4 enfants. Le 4ième enfant, par ailleurs héritier de la succession, au même titre que les 3 autres enfants, peut agir en recours seulement si le capital transmis semble conséquent au regard des ressources financières de l’assurée lors du versement de ces primes. Il pourra arguer que ce capital doit être réintégré dans la succession et ainsi en hériter à parts égales avec la fratrie. Il s’agit alors d’une décision d’un juge, il convient de demander l’avis d’un avocat, si le montant en jeu en vaut la chandelle. Bien à vous.
T
TLG 1er décembre 2021 à 12h53min
Épargnant

L’assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Bonjour

Nous sommes quatre enfants ma maman a décidée de mettre trois enfants en clause bénéficiaire assurance vie le quatrième enfant à t-il un recours cordialement

P
Pierre 9 août 2020 à 09h49min
Épargnant

L’assurance-vie permet-elle de déshériter ses enfants ?

Bonjour,Très bon article, ci-après le lien pour accéder a un guide pratique "Comment déshériter ?" :

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