Actions Bolloré (FR0000039299) : dividende exceptionnel de 1,58 euro versé en juin 2026, faut-il en croquer ?

La théorie voudrait que ce dividende exceptionnel ne change rien, mais ce serait ne pas tenir compte de la psychologie des particuliers investisseurs... Décryptage.

mardi 7 avril 2026, par Denis Lapalus

Beaucoup d’actualités pour le titre Bolloré en bourse. Alors que les boursicoteurs s’intéressent au dividende exceptionnel de 1.5 euros, qui devrait être versé en juin prochain (sous réserve de l’approbation lors de l’AG), le titre est recherché ce jour suite à la proposition de Pershing Square PSHP.L , le fonds de Bill Ackman, de fusionner sa société d’acquisition, SPARC Holdings, avec Universal Music Group (UMG). La proposition en numéraire et en actions de Pershing Square valorise le groupe de divertissement musical à environ 30,4 euros par action, soit une prime de 78% par rapport au dernier cours de clôture, pour un total d’environ 55,75 milliards d’euros, selon les calculs de Reuters. Le titre Bolloré bénéficiant de participations dans la maison de disques de Taylor Swift, Billie Eilish et Drake, s’est envolé en bourse de plus de 5%. Cet effet spéculatif complexifie la stratégie à adopter vis à vis du dividende exceptionnel...

Bolloré : des résultats mitigés

Pour la conservation du titre sur le long terme, l’action Bolloré ne donne véritablement envie. Le profit opérationnel ajusté (Ebitda) est en nette hausse, passant de l’équilibre à 286 millions d’euros, du fait notamment de la performance de l’activité communication, qui inclut entre autres UMG, Canal+ et Louis Hachette Groupe, mais aussi de Bolloré Energy. Les autres métiers, au contraire, sont en décroissance sur 2025. Le résultat net s’inscrit en nette baisse, à 351 millions d’euros, contre 1,84 milliard en 2025, tandis que le chiffre d’affaires a reculé de 9% à périmètre et devises constantes.

Théorie sur le versement de dividende

Investir sur des actions à court terme, uniquement dans le but de percevoir le règlement du dividende, n’au aucun intérêt. C’est notoire. Le détachement de dividende n’étant qu’un transfert de valeur de l’entreprise vers les actionnaires, il ne s’agit que d’un jeu de vases communicants. Le cours de l’action baissant mécaniquement de la valeur du dividende versé à l’ouverture de la séance boursière suivante. C’est la théorie partagée par tous. Mais voilà, ce serait ne pas tenir d’un facteur souvent irrationnel : la psychologie des investisseurs particuliers.

Action Bolloré SE © Google Finance

Dans la vraie vie boursière des titres

Les particuliers investisseurs peu expérimentés passeront donc leur chemin, balayant les dividendes d’un revers de la main. Les investisseurs expérimentés, de leur côté, savent, pour l’avoir constaté à maintes reprises, que la théorie est bien souvent éloignée de la pratique, et le plus souvent contraire aux allégations des IA génératives, "spécialisées" finances. En effet, la pratique donne tort à la théorie, non pas à J+1 mais à J+2. Ainsi, dans 60% des cas, le cours de l’action dont le dividende a été détaché est au dessus de son cours précédent le détachement, à la 2e séance boursière suivante. Si le cours du titre à l’ouverture de la séance boursière suivante est bien diminué du montant du dividende (ie, quand les professionnels tiennent le marché, les carnets d’ordres sont tirés au cordeau), très vite certains particuliers, sous couvert d’une baisse du cours, peuvent se précipiter pour acheter le titre, ne constatant aucune "mauvaise nouvelle". C’est l’effet "buy the dip" à outrance, sauf que dans ce cas, ce n’est pas un dip (creux). Et cela risque d’être d’autant plus vrai quand le cours du titre baisse de près de 30% dès l’ouverture... Ce qui veut dire, que le plus souvent, l’achat de titres peu avant le détachement de dividende s’avère être rentable, du moment que l’on vise la revente du titre à son prix de revient sous quelques jours seulement.

Un rendement théorique de plus de 30%, mais attention aux illusions... © FranceTransactions.com

Dividende de 1.58€ par action, soit près de 30% de rendement théorique

En 2022 et 2024, Bolloré SE a cédé Bolloré Africa Logistics et Bolloré Logistics pour un montant global d’environ 10 milliards d’euros. En l’absence de réinvestissement significatif à ce jour, le Conseil d’administration de Bolloré a décidé de proposer à l’Assemblée générale du 27 mai 2026, en accord avec son actionnaire majoritaire Compagnie de l’Odet, la distribution d’un dividende exceptionnel de 1,5 euro par action, représentant un montant de l’ordre de 4,2 milliards d’euros, pris sur le report à nouveau des exercices antérieurs, résultant des plus-values de cession réalisées. Ce dividende, qui constituerait une distribution de nature exceptionnelle, serait versé en même temps que le dividende ordinaire de 0,08 euros par action, soit le 25 juin 2026. Il serait financé par l’utilisation d’une partie de la trésorerie disponible.

Alors faut-il en croquer ou pas ?

Le souci actuel est depuis la publication des résultats 2025 et l’information concernant cette mesure de dividende exceptionnel, le titre a déjà fortement grimpé. Une partie de ce dividende se retrouve déjà dans le cours actuel. Par ailleurs, comme il s’agit d’un paiement en cash de la société, l’effet "comptable" est direct. Le cours de l’action va plonger d’autant, dans la négative, ce serait une anomalie. L’annonce de la fusion SPARC Holdings avec Universal Music Group (UMG) n’arrange rien puisque une tendance spéculative a poussé le cours de Bolloré à la hausse. Et comme les ennuis volent en escadrille, le titre Bolloré n’est plus accessible en SRD depuis le 2 avril, ce qui condamne la stratégie de vente à découvert la veille du détachement pour un rachat à prix bradé le lendemain matin à l’ouverture.

Action Bolloré SE © Google Finance

De toutes façons, même si l’affaire semble être entendue, il faudra attendre confirmation de l’AG du 27 mai pour statuer et choisir sa stratégie. Il se peut que l’accès au SRD soit de nouveau possible à cette date sur ce titre. Attention qui dit SRD, dit CTO, et donc fiscalité prohibitive de 31.4%, à inclure dans vos petits calculs...
Les investisseurs PEA ne pouvant jouer les ventes à découvert pourront miser sur un achat sur repli afin d’empocher le dividende en espérant que le cours grimpe de nouveau rapidement. En affichant un -30% à l’ouverture, il est probable que le cours grimpe de nouveau rapidement dans un marché plutôt creux, dirigé par les boursicoteurs.

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