Les PERPs (Perpetual Futures), des produits dérivés à appels de marges, âmes sensibles s’abstenir.

A ne pas confondre avec les PERP (épargne retraite), les PERPs n’ont rien de placement tranquille pour votre retraite, c’est tout le contraire. Ce sont des produits dérivés hautement risqués, permettant de miser sur un scénario haussier ou baissier, sans date d’échéance, avec des appels de marge.

samedi 27 juin 2026, par Denis Lapalus

La mode se démode. Après la petite folie All ETF, accompagné désormais des ETF à effets de levier de plus en plus plébiscités par les spéculateurs, voici déjà sans doute la nouvelle arme ultime pour tenter de faire fortune, ou de perdre son capital encore plus rapidement : les PERPs, pour Perpetual Futures. Déjà connus dans le secteur des cryptos depuis quelques années, les PERPs existent désormais également sur les secteurs de la finance classique aux USA, accessibles à partir de quelques dollars seulement. Idéal pour attirer tous les spéculateurs d’un jour. Ces produits dérivés, partiellement régulés, permettent de spéculer sur nombre d’actifs financiers (actions cotées) tout comme sur les matières premières (or, pétrole, etc.), selon les courtiers. L’engouement aux USA étant fort, il n’est pas impossible que les PERPs débarquent un jour sur le vieux continent, mais, évidemment, avec une régulation bien plus forte. Toutefois, nous avons encore le temps de nous préparer, puisque les ETF passifs ont mis près de vingt années pour traverser l’Atlantique.

Ne pas confondre les PERPs avec les PERPs

Pour les épargnants âgés de plus de 40 ans, les PERPs ne sont pas à confondre avec les PERP (plan épargne retraite populaire), placement épargne retraite précédant le PER ([a[plan épargne retraite]a]) que nous connaissons aujourd’hui. L’investisseur aura vite fait la différence, les deux produits étant totalement opposés. Les PERPs s’apparent à des contrats futures sans date d’expiration de contrat, ou encore à des CFD (Contract For Differences) tels que certains courtiers le proposent aux investisseurs français. Alors que les contrats futures sont réservés aux investisseurs qualifiés, bénéficiant d’un capital conséquent pour faire face aux appels de marge (quand la position prise affiche une valorisation négative), les CFD, tout comme les PERPs sont accessibles à l’investisseur lambda. Les appels de marge existent pourtant bien. Si le capital en réserve n’est pas suffisant, la position est soldée, et le capital est perdu intégralement. Autant dire que nombre de spéculateurs vont découvrir ce qu’est un appel de marge rapidement. Les PERPs ne sont pas des produits financiers pour tenir des positions longues, mais tout comme les CFD, pour spéculer durant quelques heures. Attraper une tendance, haussière ou baissière, la suivre durant quelques heures, et empocher ses gains ou réaliser ses pertes.

Des frais, toutes les 8 heures...

Toutes les 8 heures, des frais sont prélevés sur les positions ouvertes. D’un point de vue marketing, le terme taux de financement est indiqué (sic). Ce taux de financement peut varier en fonction du marché, si notamment le marché est déséquilibré (ie, le jeu n’est plus à somme nulle, il y a plus de vendeurs que d’acheteurs de PERPs ou le contraire). Ainsi, la plateforme est toujours certaine de gagner, et les investisseurs certains de perdre sur l’ensemble de leurs positions. Ces frais peuvent varier de 0,0102 % à 2% du montant de la position, par tranche de 8 heures, selon les actifs sous-jacent. Le taux de financement peut devenir coûteux si une position est conservée longtemps dans un marché fortement déséquilibré.

Les appels de marge

Si une transaction évolue défavorablement au point d’épuiser votre marge, votre position est automatiquement clôturée. C’est ce qu’on appelle la liquidation, et elle est gérée par le courtier. À chaque évolution défavorable du prix, cette réserve diminue. Le courtier fixe un montant minimum requis pour cette réserve, appelé marge de maintien . Lorsque celle-ci devient insuffisante, votre position est automatiquement clôturée avant que votre compte ne devienne négatif. En clair, vous avez "cramé" votre compte, c’est la faillite. Pour plus de 70% des investisseurs, ce sera le cas rapidement. Le meilleur moyen d’éviter la liquidation est de définir un ordre stop loss afin que votre position se clôture selon vos conditions avant d’atteindre ce seuil.

Les inévitables effets de levier

Propres aux produits dérivés, les effets de levier permettent d’amplifier les mouvements, à la hausse, comme à la baisse. Plus votre effet de levier est élevé, plus votre marge de sécurité est réduite. C’est un facteur de risques. L’effet de levier accroît les gains mais multiplie aussi les pertes ; une faible variation de prix peut entraîner la liquidation automatique d’une position si la marge est insuffisante.

Les PERPs ne reposent sur... Rien

A la grande différence des produits dérivés classiques, les PERPs ne reposent sur rien. Aucun actif financier n’est effectivement acheté/détenu, il ne s’agit en quelque sorte que d’un jeu entre acheteurs et vendeurs, un site de paris, ni plus, ni moins. Par exemple, une énorme position acheteuse PERPs , effet de levier x125, sur l’or n’aura donc absolument aucun effet sur le cours de l’or sur les marchés financiers. La cotation des PERPs est assurée par le courtier, selon ses propres règles, tout comme le sont les CFD, s’agissant de produits non listés. C’est une différence majeure avec les contrats futures.

Les PERPs proposés par HyperLiquid ne reposent sur ... Rien. © HyperLiquid

Les produits dérivés se multiplient, casino gambling is king !

Les produits dérivés sont en vogue depuis la fin de la crise COVID. De nombreux jeunes investisseurs rêvent de faire fortune rapidement en prenant des risques énormes. Beaucoup essaient, et si peu arrivent à engranger un montant significatif d’argent, mais cela suffit tout de même à entretenir l’espoir. Les vrais gagnants sont toujours à chercher de l’autre côté du miroir, c’est à dire des sites émettant ces produits dérivés. Ils sont certains de gagner, puisque les positions se partagent entre vendeurs et acheteurs, ce type de produit étant un jeu à somme nulle. Mais les frais des positions ouvertes tombent bien toujours dans les poches de ces plateformes proposant ces produits financiers...

Le ver est dans le fruit

Fin mai, la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), le gendarme américain des marchés de dérivés de matières premières, a autorisé la très populaire plateforme de paris basés sur la blockchain Kalshi à proposer ce nouveau produit financier appelé PERPs à ses clients. Un mélange des genres qui va permettre à n’importe quel parieur américain d’investir sur des sociétés cotées, sur l’or ou encore sur le pétrole à toute heure du jour et de la nuit et ce, au travers d’un produit dérivé généralement vendu avec un effet de levier.

Et cette autorisation n’a rien d’une annonce isolée. Depuis l’offensive américaine en Iran, la popularité des « perps » a grimpé en flèche. Alors que le pétrole bondissait, la plateforme d’échange de cryptomonnaies décentralisée Hyperliquid a proposé à ses clients de parier sur la hausse du cours de l’or noir avec ces titres… et ce, même en dehors des heures d’ouverture des marchés traditionnels.

Des milliards de dollars d’échanges

Ce qui n’était qu’un épiphénomène difficilement accessible au grand public il y a encore quelques mois est en train de devenir viral chez les boursicoteurs américains. Un mois après leur lancement, les « perps » de Kalshi liés aux cryptomonnaies ont dépassé 8,5 milliards de dollars de volume d’échanges. Surtout, la société de paris en ligne n’est pas la seule plateforme à proposer ses produits. Ils sont notamment disponibles sur Coinbase depuis juillet 2025 pour investir sur des cryptomonnaies et affichent 211 milliards de dollars de volumes de transactions depuis leur lancement. Et au printemps, le géant numérique a annoncé le lancement de « perps » indexés sur des indices boursiers liés à l’intelligence artificielle, à la Chine ou encore à la défense.

Tous droits réservés © FranceTransactions.Com, 2001-2026