Bourse : Rumeur et mimétisme, les fléaux de la finance internationale

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Hier, mercredi 10 août, des rumeurs à la Bourse de Paris ont plombé la fin de séance creusant sévèrement les pertes de la place parisienne. Comment expliquer un impact aussi important pour de simples rumeurs démenties rapidement ? Explications...

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Les rumeurs ont eu raison de la Bourse de Paris

Hier, mercredi 10 août, la Bourse de Paris clôturait en catastrophe avec une perte de 5,45% entrainée dans sa chute par son secteur bancaire et notamment le plongeon de le Société Générale.

Pourtant, quelques heures plus tôt, la Bourse de Paris avait ouvert en hausse à +1,88% et les bons résultats de la veille ainsi que l’annonce de la Fed de maintenir un taux directeur bas jusqu’à mi 2013 avait rassuré les marchés financiers et même provoqué un rebond retentissant du Dow Jones à +4%. Que c’est il donc passé en quelques heures pour en arriver là ?

Des rumeurs ! Voila ce a mit le feu aux poudres hier sur la place financière parisienne.

En effet, après une ouverture dans le vert, la bourse était en nette recul à la mi-journée alors qu’on attendait une ouverture de Wall Street en baisse. Cependant, si l’ouverture de la Bourse New Yorkaise influence toujours les échanges sur les places européennes, elle n’explique pas à elle seule la folle descente aux enfers qu’a connu la Bourse de Paris hier en fin d’après midi.

A 16h30, la Bourse de Paris enregistrait une perte d’environ 2% s’expliquant notamment par les mauvais résultats de Wall Street et surtout par deux rumeurs qui commençaient à enfler sur la place parisiennes.

Ces deux rumeurs , totalement infondées, concernaient une possible dégradation de la note française (AAA actuellement), et la possible faillite de la Société Générale qui n’aurait pas pu faire face aux exigences de Bâle III.

Pourtant, Jean-Michel Six, Chef économiste pour l’Europe de l’agence de notation "Standard and Poor’s, avait affirmé ces derniers jours qu’une dégradation de la note française n’était pas à l’ordre du jour et les deux autres grosses agences de notation, Fitch et Moody’s, étaient sur la même ligne de conduite.

Dans ces conditions, comment une rumeur aussi improbable a t’elle donc pu en seulement une petite heure faire passer les pertes sur la place parisienne de 2% à 5,45% ?

Pour les experts, c’est la fragilité actuelle du système financier qui rend les marchés très nerveux qui en est la cause. Cependant, on peut, à juste titre, s’interroger sur l’importance démesurée que de tels rumeurs ont eu sur des investisseurs qui sont pourtant des professionels de la finance.

Le problème du mimétisme

Si les rumeurs sur la dégradation de la note française ou la faillite de la Société Générale semblaient bien infondées et même assez ridicules, elles ont pourtant eu un impact très sérieux à la Bourse de Paris. Pourtant, on peut penser que face à de tels rumeurs, les professionnels de la finance devraient être en mesure de les ignorer, mais malheureusement, tout n’est pas si simple.

En effet, si individuellement tous les traders de la place parisienne pouvaient rire sous cape de ses rumeurs rocambolesques, comment connaitre la réaction de leurs collègues, ou pire des particuliers face à ce genre d’informations ?

C’est précisément ce point qui permet à des rumeurs, aussi saugrenues soient elles, d’avoir un impact bien réel sur la finance.

En finance, il est plus important de prévoir l’évolution d’un cours en fonction des actions de son voisin que son évolution selon la logique de l’économie réelle. En d’autres termes, si vous pensez que vos collègues risquent de vendre un certain titre, alors vous avez tout intérêt à vendre vous aussi pour ne pas faire de perte, et ce même si le titre en question est soutenu par une croissance réelle très forte et des perspectives très positives.

Ridicule pensez vous ? Oui mais voila, le jeu de la Bourse ne s’intéresse qu’aux gains et aux pertes et nullement à suivre une logique basée sur l’économie réelle.

Ce phénomène de mimétisme qui est le fléau des marchés boursiers est aujourd’hui accentué au centuple par l’automatisation des ordres de bourse via l’informatique et est une des cause de l’ampleur qu’une petite rumeur peut avoir sur l’évolution d’un titre.

hier par exemple, la simple évocation d’une faillite possible de la Société Générale, pourtant sans fondement ( la Société Générale a d’ailleurs saisi l’autorité des marchés financiers pour qu’elle enquête sur l’origine de cette rumeur), même si elle semblait impossible a presque obligé les traders à vendre massivement leurs titres "au cas ou" certains d’entre eux prendraient la rumeur au sérieux.

Ici, ce n’est donc plus la logique qui dicte les actions des investisseurs, mais la peur de la réaction de leur collègue qui pousse les traders à anticiper pour ne pas être pris de cours. Couplé cela avec un environnement instable et une inquiétude qui plane sur la finance internationale et vous obtenez en seulement une heure une perte de 3,45% de la Bourse de Paris et une chute du titre de la Société Générale de 15% à la clôture.

On se retrouve alors dans un cercle vicieux ou chaque trader anticipe que son voisin va anticiper que lui même anticipe une baisse, résultat tout le monde vend par mimétisme et les cours plongent sans véritable raison.

Le problème est sérieu mais existe depuis la création de la Bourse et il serait temps que les discussions autours d’une vraie régulation des marchés financiers qui sont à l’ordre du jour depuis la crise de 2007/2008 aboutissent enfin car sans cela, l’exemple du mercredi 10 août 2011 se répètera encore et encore.

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