Tribune économique : La France est-elle vraiment au bord du gouffre ?

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Avec les différentes mesures d’austérité, les Français se préparent à se serrer la ceinture. Une situation en lien direct avec la crise de la dette que l’ensemble de l’Europe traverse. Mais, la situation est-elle aussi dramatique que cela ?

Depuis plus d’un an, la crise de la dette frappe toute l’Europe. Une conjoncture économique difficile qui remonte même à 2007/2008 avec la crise des subprimes.

Dans ce contexte compliqué, il est facile de céder au pessimisme et d’oublier certains éléments économiques importants qui rendent la situation économique française moins dramatique qu’il n’y parait...

Depuis plusieurs mois maintenant, le climat ambiant relayé par les médias est très négatif. La faute à un marché boursier en recul (le CAC 40 a perdu 16,95 % en 2011), des déclarations politiques axées sur l’austérité mais aussi une spirale médiatique négative.

Aujourd’hui, les médias concentrent la majeure partie de leurs informations sur ce marasme économique et laissent de côté des informations pourtant cruciales pour l’économie française.

Une France qui ne se porte pas si mal que cela !

Ainsi, les taux d’emprunts de la France sont actuellement à des niveaux historiquement bas. Entre décembre 2011 et septembre 2012 le taux de la dette française à 10 ans (OAT) est passé de 4 à 2,1 %, son plus bas niveau historique !

De plus, en juillet dernier, l’Agence France Trésor plaçait pour la première fois de son histoire, des bons du Trésor à 3 et 6 mois à des taux négatifs. En d’autres termes, les investisseurs ont accepté de recevoir quelques mois plus tard, un peu moins d’argent que les fonds immobilisés au départ.

Dans le même temps, la Banque Centrale Européenne (BCE) maintient ses taux directeurs au plancher et assure la liquidité des banques européennes. En résulte, un taux Euribor (taux d’emprunt interbancaire) à son plus bas niveau historique.

L’ensemble de ces taux sont absolument primordiaux dans le contexte actuel où l’emprunt est au cœur du problème. En clair, tout va bien pour la France !

Alors pourquoi tant de signaux négatifs ?

La performativité des discours

En 1962, John Langshaw Austin publiait un ouvrage intitulé Quand dire c’est faire. Il y dessinait les contours de ce qu’on appelle le "discours performatif", c’est à dire un discours qui par son simple énoncé agit directement sur la réalité.

Aujourd’hui, avec les nouvelles technologies de l’information (Internet en tête), la performativité est un phénomène important que les dirigeants politiques et les directeurs financiers utilisent pour "orienter" les marchés.

La meilleure preuve de cette performativité, c’est l’impact qu’une simple rumeur peut avoir sur la montée ou l’effondrement des cours boursiers. L’exemple de la fausse rumeur sur la Société Générale à l’été 2011 est à ce titre particulièrement frappant.

Le jour où la Société Générale aurait pu tout perdre ?

Fin juillet 2011, le quotidien Le Monde publie une série de 12 articles fictifs suivant les pérégrinations d’une journaliste du Wall Street Journal qui découvre un complot contre Angela Merkel et l’euro à la veille de l’élection présidentielle en France.

Au centre de ces manigances, des menaces d’OPA qui pèseraient sur la Société Générale et la banque italienne UniCredit, suite à leur exposition importante à la dette grecque.

Dimanche 7 août, le Mail on Sunday, l’édition du weekend du Daily Mail (quotidien anglais), publie un article, très sérieux cette fois-ci, présentant la Société Générale et UniCredit comme prêts à s’effondrer.

La machine s’emballe alors très vite, l’information est reprise par de très nombreux sites d’informations en ligne et largement diffusée sur les réseaux sociaux.

L’annonce d’une réunion à l’Elysée le mercredi suivant semble confirmer la rumeur. Les investisseurs craignent une intervention de l’Etat pour sauver la Société Générale, dont les dirigeants ont fait l’erreur cruciale de ne pas communiquer jusque-là.

Le démenti arrivera trop tard, mercredi soir le mal est déjà fait, le titre en Bourse de la Société Générale a perdu 14,7 % à la clôture de la Bourse de Paris. Un effondrement basé uniquement sur le "buzz" des derniers jours et qui aura été catastrophique pour la banque française.

Garder son sang froid, mais ne pas faire n’importe quoi !

Cette situation est loin d’être anecdotique. Tous les jours, les marchés et l’économie réelle en général sont influencés par les médias et les discours des dirigeants politiques ou financiers.

Si la situation française n’est pas non plus catastrophique, il est tout de même important de garder un certain "sérieux économique".

Au deuxième trimestre 2012, la dette publique au sens de Maastricht s’établissait à 1.832,6 milliards d’euros, selon l’Insee. Une dette brute, qui représente 91,0 % du PIB français en augmentation d’1,7 point par rapport au trimestre précédent.

Fin 2011, le déficit public était lui évalué par l’institut de statistiques à 5,2 % du PIB, bien loin des 3 % prévu par le pacte de stabilité et de croissance européen.

Faire preuve d’un sérieux budgétaire est donc très important pour que la France conserve une certaine crédibilité, tant auprès des marchés financiers que de ses partenaires internationaux.

Les mouvements initiés dans la zone euro avec la mise en place du Mécanisme Européen de Stabilité (MES) et la signature du traité européen vont dans ce sens.

Si le gouvernement a beaucoup été critiqué à gauche pour l’adoption du traité, rappelons que la France n’est pas seule et qu’elle s’inscrit dans une logique de partenariat européen. Ce que de nombreuses personnes interprètent aujourd’hui comme un recul de François Hollande n’est fondamentalement qu’un acte de pur "diplomatie économique".

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