Les salaires en France trop élevés : la cause de manque de compétitivité des entreprises

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Les mesures de réduction des cotisations et de la fiscalité des entreprises pour renforcer leur compétitivité sont-elles menacées d’inefficacité par les hausses de salaires qui se sont poursuivies malgré la crise ? Des voix s’élèvent en France en faveur d’une modération salariale.

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"Il y a une responsabilité des entreprises" dans la baisse de leur compétitivité, disait récemment à l’AFP un haut responsable patronal interrogé sur la progression des salaires supérieure à la hausse de la productivité et à l’inflation.

"C’est une solution de facilité dans les entreprises qui ont du mal à pratiquer le dialogue social", lequel serait, disait-il, "le meilleur moyen de mettre en place une modération salariale raisonnée".

En avril 2013 déjà le Conseil d’analyse économique constatait que depuis la crise de 2008 un écart se creuse en France entre la productivité du travail, qui tend à stagner, et les salaires, qui continuent de progresser. Le chômage a entre 2008 et 2012 augmenté de trois points à 10,6% de la population active, soulignait-il.

"La hausse des salaires ne se justifie donc ni par des difficultés de recrutement pour les entreprises, ni par la hausse de la productivité des travailleurs", commentait le CAE, organisme composé d’économistes universitaires et de chercheurs de sensibilités diverses.

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"Si elle se confirme, cette évolution (...) met en danger l ?efficacité du crédit impôt compétitivité emploi pour réduire durablement le coût du travail(...) et surtout, elle rend très difficile une inversion de la courbe du chômage à moyen terme", avertissait le CAE dans une allusion au CICE qui doit réduire de 20 milliards d’euros le coût du travail pour les salaires allant jusqu’à 2,5 Smic.

Avec "en moyenne 2,5% d’augmentation de salaires, on mange le CICE en un an", estimait le 1e avril au cours d’une conférence-débat, Nicolas Dufourcq, directeur général de la banque publique Bpifrance.

"Il y a un sujet de modération salariale qui est inévitable si on veut rétablir une partie de la compétitivité française. C’est très difficile à exprimer ce discours-là. C’est au Medef de le faire !", avait-il lancé.

  • Écart de compétitivité avec l’Allemagne -

Interrogé par l’AFP lors de sa conférence de presse mensuelle mardi, le président du Medef Pierre Gattaz, a opiné : "Oui, il faut pratiquer la modération salariale tout simplement parce que depuis une douzaine d’années nous avons augmenté les salaires au-delà de la productivité et au-delà de l’inflation". Pour lui, "la différence de coût du travail avec l’Allemagne est expliquée aux deux tiers par une non-modération salariale en France".

"Le grand danger" affirmait M. Gattaz, est que la baisse du coût du travail de 30 milliards d’euros, CICE compris, prévue d’ici 2016 dans le pacte de responsabilité, soit absorbée par les hausses de rémunérations.

Ce qui a été pratiqué en Allemagne au début des années 2000, "ce n’est pas de la modération salariale, cela va plus loin, c’est de la désinflation salariale", commente l’économiste Eric Heyer, ajoutant que "2,5 millions d’Allemands gagnent toujours moins de quatre euros de l’heure".

"Pendant la crise, les salaires en France ont progressé plus vite que la productivité, provoquant une déformation de la distribution de richesse en faveur des salariés et une chute des marges des entreprises", explique M. Heyer, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

La France a peu ajusté sa masse salariale à la baisse d’activité : ni par une baisse du temps de travail, ni complètement sur l’emploi -"il reste encore selon nous 190.000 sureffectifs en France -* et il n’y a pas eu non plus de baisses de salaires", résume-t-il. "Les syndicats sont assez durs sur les salaires et protègent les avantages des salariés, au détriment des chômeurs", dit-il.

"Les pouvoirs publics ont eu leur part de responsabilité" en donnant récemment des prévisions d’inflation beaucoup trop élevées (1,6% prévu en septembre 2012 pour 2013 contre un taux final de 0,7%), souligne Jean-Christophe Sciberras, président de l’Association nationale des directeurs de ressources humaines.

De plus, "en France, la négociation annuelle obligatoire des salaires a été créée en 1982, lorsque l’inflation était entre 10 et 14%", ce qui est à présent "totalement inadapté" et devrait être espacé dans le temps, estime M. Sciberras.

Cependant, "il y a un problème d’offre (les marges sont dégradées) et de demande (les carnets de commande sont vides). Restaurer l’offre en détériorant la demande" par une action sur les salaires "n’est pas la bonne solution", prévient M. Heyer.

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