Le crowdfunding assorti à toutes les sauces, gare à l’indigestion !

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Le crowdfunding est plus qu’à la mode en ce moment. Les projets fusent tous azimuts, il faut surfer sur le créneau avant que le revers de la médaille n’arrive... Car il ne faut pas trop rêver...

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Tout le monde se met au financement participatif... Même le Medef !

L’engouement actuel pour le financement participatif laisse sans voix. Les projets recalés par les banques, pour manque évident de visibilité, sont financés sans trop de souci par le commun des mortels. Souvent, la promesse de rendement n’est même pas formulée, au mieux, les donateurs ne seront pas assignés par le tribunal de commerce pour éponger les dettes des sociétés dont ils sont devenus actionnaires, sans parfois comprendre même ce que veut dire être associé dans une entreprise. Ainsi, ont défilé tous les types de projets, du rachat impossible de l’aéroport de Toulouse, au prêt d’argent aux entreprises à des taux prohibitifs (les particuliers deviennent des banquiers), au financement de projets immobiliers, en passant par le soutien solidaire de projets de reconstruction d’écoles, aux financements de sociétés à forts potentiels, d’après leurs fondateurs, nerf de la guerre. Tout y passe, même le financement participatif de plateformes de financement participatif ?

Surfer sur la vague, le maître-mot. Les premiers retours à la réalité ont déjà eu lieu, ce n’est que le début. Les premières faillites sont déjà arrivées, plus tôt que prévu. Ainsi la société Smok-It avait emprunté 75.000€ au taux de 9,60% auprès de particuliers, pour un marché en plein boum, celui des cigarettes électroniques. 6 mois plus tard, fatalement, l’argent était parti en fumée. Une erreur de gestion suffit.

Pourquoi cela fonctionne aussi bien ? Une mise réduite, un risque réduit

Le goût du risque, à petit prix, comme le loto mais à échelle de gains réduite. Le risque de chaque actionnaire est limité à sa mise de départ. Une banque qui finance seule un projet de 100.000€ prend le risque sur ce montant, mais avec 10.000 donateurs misant 10 €, pour chacun d’eux, le risque pour chacun d’eux est minime et donc acceptable. Et pourtant, la probabilité que l’entreprise financée soit un succès n’est pas plus élevé via ce mode de financement... Si la banque ne prête pas, sans doute qu’une bonne raison existe, même une partie des Français pensent encore que les banquiers sont des méchants individus, leur métier premier c’est bien de prêter de l’argent, mais dans de bonnes conditions.

Car passer par une de ces plateformes de financement participatif a un coût. Ce juteux marché attire d’ailleurs l’appétit de nombreux investisseurs, car c’est fortement lucratif. Les plateformes prélèvent jusqu’à 10% des fonds levés, et ce, sans la moindre prise de risque. La bataille entre elles est donc rude et la concentration de ce marché devrait commencer prochainement, car la tendance est forte, trop de plateformes sont déjà présentes. Happy Capital a déjà tenté d’approcher maladroitement Wiseed pour une fusion/acquisition, mais la partie sera remise à plus tard, tant que les particuliers ne sont pas échaudés par tous ces projets à si fort potentiel...

Financement participatif, un bien pour l’économie ?

Passer par le financement participatif, c’est aussi espérer se faire connaître un peu du grand public. Derrière ce financement, le marketing n’est donc pas très loin. Certains financements ressemblent du reste à des pures opérations marketing, tant le besoin en financement semble ridicule par rapport au projet. Un projet immobilier constitué de plusieurs immeubles lève 200.000€ en financement participatif, pour financer un projet de plus de 5 millions d’euros, ce n’est plus un effet de levier, c’est une catapulte financière. Il est à parier que dans ce cas, il s’agit avant tout d’une opération de marketing pour faire connaître son programme immobilier et ainsi mieux vendre les lots restants, les plus délicats à vendre, ceux qui minimisent la marge des promoteurs.

De nombreuses entreprises bénéficient ainsi d’un sérieux coup de pouce, que les banques n’auraient pas effectué, prise en compte mesurée des risques oblige. Elles peuvent donc se lancer grâce au financement participatif.

Néanmoins, ce type de financement ne leur donne pas plus de chance de réussir par la suite. Tout reste à faire. Une start-up a une chance sur 10 d’exister après 3 années, et 1 sur 30 de faire un jour un bénéfice, si petit soit-il. Visiblement les actionnaires investisseurs sont avertis, les premières pertes de projets coulés après seulement quelques mois n’ont rafraîchi personne.

Surfons sur la vague... le MEDEF lance sa plateforme, nous sommes en plein rêve...

"Les grandes banques de réseau ont fait des efforts et doivent continuer à le faire", mais "le Medef réfléchit aux moyens de lancer une plateforme de crowdfunding avec ces territoires", a assuré le président du pôle entrepreneuriat du Medef, Thibault Lanxade, ce mardi 31 mars.

Cette plateforme "décentralisée" permettrait "d’accompagner les porteurs de projets dans une phase d’amorçage, avec des projets identifiés par les Medef territoriaux", a-t-il affirmé.

Une initiative est menée dans la région Aquitaine, avec la participation de cinq Medef territoriaux, l’idée étant de lancer une première plateforme d’investissement d’ici la fin de l’année et "idéalement en septembre". Ensuite l’initiative sera diffusée "aux autres territoires qui le souhaitent".

Les Medef territoriaux agiront en apportant "une labellisation" qui attestera notamment de la motivation de l’entrepreneur et permettront de rassurer les investisseurs sur la viabilité des projets, a ajouté Thibault Lanxade.

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