Épargne : comment anticiper le retour d’une inflation élevée ?

Retour de l’inflation, que faire pour protéger son épargne ? © FranceTransactions.com/stock.adobe.com
De nombreux épargnants redoutent le retour d’une inflation élevée. La politique monétaire ubuesque des banques centrales de ces dernières années, renforcée par les dépenses pharaoniques des États pour soutenir une économie vacillante, font craindre un fort retour de l’inflation dans les semestres à venir. La question n’est pas réellement de savoir si cela va se produire ou pas, personne ne le sait. La question reste de savoir comment protéger son épargne face à une forte inflation.

Publié le

Laissons les économistes et les experts de côté...

C’est bien simple, vous pourrez trouver tous les avis, tout et son contraire, concernant le retour à une forte inflation. Une forte inflation, c’est une inflation dépassant allègrement les 2%. A plus de 3% d’inflation, votre épargne peut s’éroder rapidement... Quid d’une inflation à 4%, 5%... 10% ? Les "experts", ces mêmes qui n’ont pas vu arriver l’explosion de la bulle Internet, la crise des subprimes, le choc économique lié au confinement, attestent haut et fort aujourd’hui, qu’une inflation élevée n’est pas prête de faire son retour. Tant mieux. Mais comme personne ne peut prévoir avec certitude l’évolution de la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement, car inédite à plus d’un titre, mieux vaut encore ne pas prendre des paris : ni sur l’absence d’inflation, ni sur la déflation.

Les économistes référents, d’après l’enquête SPF de la BCE publiée début mai montre que les économistes fixent la probabilité d’une inflation à long terme supérieure à 2,5 % à seulement 11,1% (un peu plus d’une chance sur 10). C’est dire que pour les "spécialistes", la crainte du retour de l’inflation est fortement improbable.

Pourquoi cette crainte d’une forte inflation ?

Inflation galopante... Elle est déjà là !

En fait, cette forte inflation est déjà là, mais personne ne peut réellement la mesurer. Les banques centrales n’ont pas cessé depuis ces dernières années d’injecter des milliards. Le stock de monnaie a ainsi augmenté de 400% à 600% depuis 2007 alors que sur la même période, le PIB mondial n’a augmenté que de 57%. Les prix des actifs financiers ont explosé à la hausse, battant en brèche tous les ratios financiers établis depuis des décennies. Cette véritable inondation de liquidités a fait grimper les cours des actions (il faut bien placer cet argent quelque part), a conduit les entreprises et les particuliers à se surendetter. Cela a fait gonfler artificiellement les prix de l’immobilier et pousser un peu plus les États à dépasser les barrières que l’on pensait infranchissables des déficits publics. Bref, l’argent vaut de moins en moins... C’est bien de l’inflation pure et dure. Pas de l’inflation dans le prix des biens de consommation, telle que l’INSEE la publie, mais de l’inflation dans le prix des actifs. De son côté, la relocalisation de la production, les circuits courts, ainsi que les flux tendus devraient logiquement pousser les prix à la hausse. Et pourtant, nous pouvons constater actuellement que l’inflation ne grimpe pas pour autant, pour le moment. Cet impact de la relocalisation peut être dérisoire. Les injections de liquidités continuent de plus belle. Ce petit jeu pourra-t-il durer éternellement ?

L’inflation, l’ennemi n°1 des épargnants

L’inflation vient réduire d’autant la valeur du capital placé, car l’argent perd de sa valeur. Les épargnants le savent bien. Ces dernières années, l’inflation a rendu le taux de rendement réel (net d’inflation) du livret A négatif. L’inflation, telle que défini par l’INSEE, n’est pas forcément la même inflation que celle qui vient éroder le capital des épargnants. En effet, l’inflation telle que publiée par l’INSEE concerne les prix à la consommation. Cette mesure ne concerne donc pas l’inflation des prix des actifs, tels que les actions, l’or ou même l’immobilier.

Comment se protéger de l’inflation ?

Afin de ne pas subir l’inflation, hormis pour son épargne de précaution, il faut vider ses comptes courants et ses comptes épargne. Liquider tous les placements de capitaux (y compris les fonds euros) et investir dans des actifs tangibles et dans l’économie réelle. L’épargne retraite est également impactée par l’inflation. Cela peut paraître radical, et pourtant c’est bien le seul moyen de se protéger d"une forte inflation.

L’immobilier, le pêché mignon des Français... Mais attention à l’indigestion !

Immobilier, mais pas à n’importe quel prix ! Alors bien évidemment, surtout pour les Français, totalement accrocs à l’immobilier, le réflexe naturel sera l’immobilier physique. Mais est-ce vraiment une bonne piste ? Cela fait maintenant bien trop longtemps que la bulle immobilière s’est construite en France. Les Français ont redécouvert les risques de l’immobilier depuis le confinement avec les incertitudes portant sur les SCPI, tout comme avec les premières baisses de prix. Les faibles taux de crédits immobiliers incitent, de leur côté, de nombreux Français à s’endetter sur le très long terme. L’inflation serait alors un atout pour ces Français endettés. Le remboursement de leur crédit coûtant moins que le capital emprunté. Seul hic. Le prix d’achat, bien trop élevé, un retournement de marché et les derniers acheteurs se sont endettés sur 20 ans pour un bien qui pourrait perdre 20% de sa valeur. Ainsi si l’on compare les revenus des Français aux prix de l’immobilier, l’écart ne cesse de se creuser depuis le début des années 2000 (cf courbes de Frigitt). Cet écart pourrait-il ne jamais être comblé ? Il faudra expliquer comment serait possible. Toujours est-il qu’acheter de l’immobilier physique en 2020 dans les grandes villes est une prise de risque élevée. Un retournement du marché de l’immobilier n’est pas exclu, et il sera d’autant plus violent que la bulle immobilière est déjà loin dans le ciel.

L’OR ? Un pari bien risqué ! Rien d’une valeur refuge !

L’OR physique seulement, et encore...
L’OR physique seulement, et encore... © Fotolia.com

Acheter de l’OR ? : Second réflexe des Français. Acheter de l’or pour se constituer une épargne de long terme. Les Français sont les champions du monde de détention d’or. Pas moins de 3.000 tonnes d’or sont détenues par les particuliers. 25,4% des Français détiennent du métal jaune. Mais cette épargne serait bien plus affective que réellement utile. L’OR ne procure aucun rendement, ne procure aucun avantage fiscal et sa contre-valeur en devises reste une prise de pari. Hormis un objectif de transmission patrimonial sur le long terme, l’OR n’est plus, depuis la fin des années 1970, une valeur refuge. Mais les idées reçues sont tenaces. L’once d’or a connu des records historiques en 2020, pour des raisons essentiellement liées au décalage du marché du dollar américain. Alors acheter de l’or au plus haut pour se couvrir contre l’inflation ? Cela ne semble pas être une bonne idée.

Investir dans une forêt ? Une voiture de collection ?

Investir dans une forêt, c’est très tendance !

Acquérir des biens tangibles : Certains auront des préférences pour les forêts (investissement très en vogue, groupement d’investissements forestiers, 25% de réduction d’impôt sur le revenu à la clé), d’autres pour des caves patrimoniales, des chevaux de course, des voitures de collection, du vignoble... Bref, tout ce qui peut vous passionner ou auxquels vous croyez, et bien-sûr qui soit réel, tangible.

Économie réelle, une PME à laquelle vous croyez !

Investir dans une PME, pourquoi pas ?

Investir dans le capital des entreprises : la plupart des actions connaissent depuis près de 3 années une vague inflationniste totalement irrationnelle. Seules les actions ayant un PER(ratio cours/bénéfice) modéré sont à considérer. En revanche, investir en direct dans le capital de PME semble bien plus pertinent. Une réduction d’IR de 25% est accordée jusqu’au 31 décembre 2020. Par ailleurs, les fonds de Private Equity commencent à faire leur entrée sur les différents produits financiers, tels que l’assurance-vie ou les PERIN. Une occasion de diversifier ses placements.

Une question, un commentaire?

Réagir à cet article Épargne : comment anticiper : Publiez un commentaire ou posez votre question...

1 commentaire

  • l’article est un peu de mauvaise foi sur "les experts n’ont rien prévu"Qu’il s’agisse de la bulle internet ou des subprimes, il était prévisible qu’un événement systémique allait se produire (il était prévisible que les anomalies manifestes allaient causer une correction brutale). Et c’était documenté.Par contre, en effet, les prévisionnistes étaient incapables de dire si l’événement systémique allait se produire en mars prochain ou le novembre d’après... comme une éruption volcanique : on peut dire "ca va arriver un de ces qiatre" mais on ne peut pas le dater jusqu’à ce que ca arrive.Pour le covid, les économistes ne pouvaient pas prédire une épidémie, c’est leur métier, par contre contrairement à ce que dit cet article, l’ampleur de la contraction a été très bien prévue, et tres en amont. Il suffit de lire les previsions conjoncturelles de mars et avril !Pour ce qui est de l’inflation basse, ca n’a rien a voir avec 2001 2008 ou 2019 : ce n’est pas un événement systémique, mais une analyse macro de long terme. Et qu’il s’agisse des coûts du travail, de l’effondrement de la demande et des différents déflateurs du PIB, on n’a strictement mais alors strictement aucune raison de penser qu’une surinflation soit seulement envisageable.

    Répondre à ce message

Sur le même sujet

A lire également